[Avent 2024 – Ecrire sa thèse malgré une motion de censure] – 5/24 – Commencez à rédiger… et sautez le brouillon !

Dans les 4 premiers billets, nous avons de comment trouver : la motivation – l’intérêt – le sujet…

A ce stade, normalement vous avez une idée un peu vague qui commence à se dessiner (voire une question de recherche — on y reviendra plus loin). Admettons pour ce billet que vous vous intéressez au vécu de l’alopécie androgénique chez les internes en médecine générale de moins de 30 ans.
Vous allez donc commencer à lire des articles, des résumés, puis tomber sur des rapports d’instituts, d’agences, de sociétés savantes, de conseils scientifiques, de hautes autorités, de haut conseil ou d’autres organismes plus ou moins théodule dont nous avons le secret en France…
Rapidement, vous allez avoir des informations sur la prévalence (16 % des 18-29 ans), la pathogenèse (avec le dihydrotestostérone et la 5-alpha-réductase), la génétique (80 % de la variance est liée à la génétique dans des études chez des jumeaux), le diagnostic avec les scores (Hamilton-Norwood), les traitements en 2024, etc.
Va donc se poser la question suivante…

Dans quoi dois-je prendre des notes ?

Il y a plusieurs écoles, qu’on peut aussi rapprocher de modes d’écritures (de fiction) :

  • ceux qui vont tout lire et rien noter (tout découvrir sur le sujet, avant de le traiter, la « méthode papillon ») : le risque c’est rapidement d’oublier, et ensuite s’arracher les cheveux (ahah) pour retrouver cet article qui disait que la prévalence de l’alopécie était moindre chez les Esquimaux ;
  • ceux qui vont tout lire et TOUT noter sur un brouillon (carnet papier, Notes de téléphone portable, fichier txt/doc, Google Doc ou équivalent, mindmap…) pour ne rien oublier : le risque… c’est de ne jamais commencer la thèse ! C’est un peu l’équivalent de ceux qui rédigent un univers pour leur fiction pendant 10 ans (détaillant la géopolitique, l’histoire, les évènements de vie de chaque personnage…) et oublient d’écrire leur histoire dans ce si joli cocon qu’ils ont préparé ;
  • ceux qui écrivent directement et vont chercher essentiellement ce dont ils ont besoin : en narratologie, je rapprocherais ça de « l’arène de récit » ou storyworld (chère à John Truby dans l’Anatomie du scénario), c’est-à-dire le cadre qui va être montré au lecteur, spectateur de l’arène (cadre spatial, temporel, culturel, physique, historique, social…)

Il n’y a pas une seule bonne méthode, soyons clair ! Mais ici, il s’agit de mes conseils donc je vous livre ma préférence (qu’on appellera ici modestement « la méthode Michaël pour réussir sa thèse ») : arrêtez de lire des articles sur le sujet, sautez le brouillon et commencez à rédiger votre thèse d’emblée ! Votre objectif est d’écrire une thèse (pas un brouillon) donc… écrivez une thèse !

Comment commencer à rédiger sa thèse à ce stade précoce (et indifférencié) ?

Je vous conseille d’écrire directement sur un fichier de thèse UNIQUE et déjà formaté (on en parle demain et je vous en présente un !), en cherchant dans la littérature des réponses à des questions précises : quelle est la prévalence, comment poser un diagnostic…
Afin d’éviter de passer à côté d’informations essentielles, je vous conseille quand même de lire au moins un article très générique sur le sujet (ça peut être la page wikipedia français/anglais, une page d’encyclopédie médicale — UpToDate, ClinicalKeys, EMC Akos, etc. — ou l’article « androgenetic alopecia » NEJM ou Lancet ou JAMA ou BMJ, etc.)

Le but est (comme en fiction !) d’écrire rapidement un premier jet. Il ne s’agit pas de passer 5 heures à écrire et réécrire à l’infini les 5 premières phrases pour qu’elles soient parfaites, mais d’écrire rapidement tout ce qui vous vient, et d’y revenir après. Au pire, si c’est la première phrase qui vous bloque, commencez par la deuxième… 😉

Aussi, ne vous forcez pas à écrire de façon linéaire : au contraire, vous pouvez écrire un peu d’introduction, préparer la comparaison à la littérature en section discussion, anticiper les résultats, réviser la méthode à partir des tableaux de résultats attendus, rédiger les limites en discussion, modifier la méthode pour diminuer les limites de votre travail… Ecrivez vos forces et limites avant d’avoir envoyé votre questionnaire : c’est en les connaissant que vous les éviterez (et c’est mieux que les découvrir a posteriori). Toutes ces parties se nourrissent et vous avez même appris en Lecture Critique d’Articles (LCA) à ne pas lire de façon linéaire, donc sentez-vous libre de rédiger en papillonnant d’une partie à l’autre !

L’ASTUCE « SPEEDRUNNER SA THÈSE »
Pour aller encore plus vite, vous pouvez même faire un premier jet de votre thèse avec de faux chiffres (que vous corrigerez, bien évidemment !), histoire d’avoir directement la structure du texte (et pas seulement « insérer ici la prévalence »…) !
Par exemple : « L’alopécie touche xxx % des hommes de moins de 30 ans en France (réf) et xxx % des femmes de moins de 30 ans (réf). Les principaux facteurs de risque identifiés sont : la génétique (réf), blablabla. Les conséquences principales de l’alopécie sont des troubles psychologiques (réf), blablabla. Il existe des différences de vécu entre les hommes et les femmes (réf). Les internes de médecine générale sont exposés au public ; leur vécu de l’alopécie n’a pas été étudié à notre connaissance. Notre objectif principal était… »
Vous pourrez ensuite chercher une à une les réponses que vous vous posez à chacune des questions, puis développer à partir de cette petite trame.
Ce travail peut être fait pour toutes les sections : introduction – matériels et méthodes – résultats (avec des tableaux de non-chiffres en xx %) – discussion – conclusion.

L’intérêt est également de vous ouvrir la porte à une autre tâche : la relecture et la qualité du texte (diminuer les répétitions, améliorer les choix de verbes, etc.)

Votre écriture sera plus efficace en étant itérative : au lieu de passer 5 jours à réécrire une introduction jugée (à tort) parfaite avant d’arriver à la section méthodes, vous devriez plutôt écrire votre thèse en 1 jour en la pensant (à tort) nulle… Ce sera moche et on s’en fout.
C’est une application du principe de Pareto (ou loi des 80-20), qui dit que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes... c’est assez réaliste de penser que 80 % de votre thèse sera du remplissage et des généralités qui finalement prendront seulement 20 % de votre temps (et aussi que 80 % de votre temps sera consacré à seulement 20 % de votre thèse… pouvant donner l’impression fausse de ne pas avancer).

Deux mots sur vos rituels d’écriture…

J’ai déjà parlé de ça dans les jours précédents, mais la pédagogie c’est la répétition disaient Saint-Exupéry, Churchill et Mark Twain (enfin, ils ont sans doute déjà dit ces mots dans leur vie, peut-être pas exactement dans cet ordre. Au pire, ils ne sont plus à une citation apocryphe près).

Primo, ne culpabilisez pas avec votre mode d’écriture. On s’en fiche que vous consacriez 1h par jour le matin, 1h par jour le soir, 8h le week-end, 1 semaine temps plein tous les 3 mois… Faites comme vous le sentez, comme vous le pouvez avec votre vie personnelle et professionnelle. N’oubliez juste pas que vous avez une thèse et une deadline à respecter.
Si vous avez besoin de déculpabiliser à propos de ça, il y a le livre de Mason Currey sur « Tics et tocs des grands génies » qui a inspiré des infographies amusantes sur les routines quotidiennes des gens créatifs.

Deuxio, puisqu’on parle de routine d’écriture… là aussi, faites comme vous le sentez. Si vous avez envie d’écrire votre thèse exclusivement dans votre lit, dans votre canapé avec un plaid et un chocolat chaud, sur votre bureau avec une tasse de thé, dans un train… ça vous regarde !
Sachez juste identifier vos besoins et les freins :

  • est-ce que vous avez besoin d’un calme que vous peinez à trouver à la maison ? (Dans ce cas, planifiez des séances de travail au calme).
  • est-ce que vous êtes accroc aux réseaux sociaux ou jeux vidéo ou à différentes sources de notifications ? (Dans ce cas, passez en mode Avion, ou utilisez Word en mode Affichage > Focus, ou commandez-vous un Freetype TypeWriter à 500€ (gloups) : les solutions ne manquent pas)
  • est-ce que vous n’arrivez pas à écrire tant que vous n’êtes pas dans votre « flow » (ou état de grâce) qui nécessite de quelques dizaines de minutes avant d’arriver ? (Dans ce cas, planifiez plutôt quelques séances longues et épargnez-vous des tentatives sur des temps courts qui ne feront que vous donnez un sentiment d’échec inutile).

Enfin, faites juste attention si vous intégrez exclusivement du thé vert à votre routine, à ne pas finir anémié par carence martiale !

C’est tout pour aujourd’hui… demain, je vous donnerai et présenterai mon « modèle de thèse » !

LE MOT POUR LE DIRECTEUR DE THÈSE
Mon directeur de thèse et un assesseur de jury (puis directeur de master 2 et de thèse d’université et président d’université !) m’avaient dit en 2014 qu’il fallait « raconter une histoire ». J’avais compris l’idée générale, mais c’est assez récemment (environ 10 ans plus tard) que j’ai vraiment saisi l’importance que ce conseil peut avoir sur la rédaction.
En conseillant cette méthode de « l’autoroute de la thèse » ou « du premier jet en un jour », ou « de l’écriture au kilomètre » ou toute appellation de votre choix, vous inciterez à écrire une histoire globale, débarrassée de tout le superflu. Lors des réécritures itératives, l’histoire s’affinera et on aura une thèse « organique » (à la façon d’une intrigue organique) où tous les éléments feront partie d’un même organisme, tenant tous ensemble… idéalement la thèse doit perdre quelque chose d’important si vous supprimez une phrase !

« Il semble que la perfection soit atteinte non quand il n’y a plus rien à ajouter, mais quand il n’y a plus rien à retrancher » (Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, 1939).

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[Avent 2024 – Ecrire sa thèse] – 4/24 – Où trouver un sujet ?

Si vous êtes un trentenaire, il est probable que vous ayez une première réponse qui vous vient en tête à la lecture de cette question, avec une étonnante précision géographico-anatomique… mais nous allons explorer ensemble quelques autres voies.

Voie N°1 : réfléchir à vos centres d’intérêt hors médecine

Comme nous l’avons dit précédemment, il est important que vous aimiez votre thèse.

N’hésitez pas à vous poser la question suivante : « qu’est-ce qui m’intéresse dans la vie ? » Vous usez les salles de cinéma ? Vous vous intéressez à l’histoire locale ? Vous êtes amateur de sagas MP3 ou fictions sonores ? Vous pratiquez la course à pieds ? Vous sillonnez les grandes randonnées ? Vous dévorez des bandes dessinées ? Vous pratiquez du piano, de la trompette ?

Cherchez des sujets qui lient vos passions avec la médecine générale : vous n’aurez plus à chercher de motivation pour écrire, ce sera un bon moment de préparer et rédiger votre thèse !

Des exemples ? En 2017, Geoffroy Leleu a soutenu sa thèse sur la médecine générale et l’organisation des soins dans le Boulonnais pendant la seconde Guerre Mondiale, passant de longues heures aux archives municipales et auprès d’historiens locaux.
En août 2020, Marine Gilles (bibliovore) a dû lire et annoter 26 romans pour sa thèse analysant les épidémies de transmission respiratoire dans la littérature.
D’autres travaux plus « classiques » ont étudié des populations de coureurs, de randonneurs… chez des étudiants qui pratiquaient ces sports. Ce sont souvent des travaux qui se déroulent très facilement parce que l’intérêt pour le sujet existe avant la thèse !

Voie N°1 bis : regarder comment ces centres d’intérêt ont déjà été traités

Une fois l’idée générale dégagée (« tiens, et si je faisais un sujet médical sur la pratique de la tormpette ? »), vous pouvez creuser un peu pour voir ce qui existe, ce qui est faisable… Ici, vous pouvez simplement « trompette » en français dans LiSSa (0 résultat pertinent) puis « trumpet » en anglais dans PubMed !
(Evidemment, notez que ça fonctionne moins bien si votre passion dans la vie est le diabète de type 2).
Vous découvrirez page 1 qu’il y a des case reports sur le risque de glaucome (par pression) – un essai clinique sur l’absence d’effet de la pratique de trompette sur la spirométrie… Au passage, vous vous rendrez compte que le mot clé n’est pas terrible, puisqu’il retrouve des articles qui vont des sons des cachalots mâles méditerranéens à l’ornithophilie des fleurs bignones… En regardant les « similar articles » (sous les résumés d’intérêt), vous noterez que des mots-clés tels que « trumpet player » ou « wind instrument player » pourraient être plus pertinents pour recentrer votre requête ; nous verrons plus tard comment faire une recherche avec les mots-clés MeSH, mais c’est ici une première approche rapide pour illustrer comment commencer à réfléchir à son sujet même sans la moindre technique !

On peut reproduire l’exemple avec d’autres thèmes, dans une démarche d’exploration si vous avez plusieurs centres d’intérêts.
Par exemple, si vous cherchez « jeux vidéo » sur LiSSa, vous trouvez plus de 300 ressources avec leur intérêt en pédiatrie, gériatrie, rééducation, psychiatrie, neurologie ; leur impact sur les performances cognitives, sur le sommeil ; les risques d’addiction ; les pratiques des médecins généralistes…
Sur le même moteur de recherche, vous avez près de 70 références avec « bande dessinée » concernant son intérêt dans l’enseignement aux médecins, la place du médicament dans Tintin, l’intérêt de BD pour informer sur une pathologie ou un suivi, etc.
Ces recherches peuvent vous amener vers d’autres pans de recherches méconnus, tels que la « bibliothérapie » pour la littérature en tant que thérapie.
Concernant le terme « cinéma », vous trouverez également des références sur « la thérapie par le film », à côté d’articles sur la représentation de la psychiatrie, des addictions, des transplantations à travers les écrans, etc.

Bien sûr, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : ça n’est pas parce que ça n’est pas « votre passion » que vous ne devez pas choisir un sujet ! (Je ne voudrais pas être responsable d’une vague de sujets sur « Netflix et médecine générale »). Vous pouvez aussi préférer répondre à une question médicale qui vous intéresse. Ce qui compte, c’est que ça vous plaise.

L’ASTUCE « SPEEDRUNNER SA THÈSE »
Là où c’est intéressant de prendre un sujet « hors médecine », c’est qu’il sera probablement peu traité… et qui dit littérature pauvre dit introduction et discussion facilitées !
Vous aurez donc un sujet rapide à rédiger… qui en plus vous passionne : rien ne pourra vous arrêter sur l’autoroute en direction de la soutenance.

Et avec l’IA ? Depuis l’avènement de ChatGPT en 2022 (puis Claude, Gemini, etc.), l’IA est facilement accessible à tous : vous pouvez très simplement lancer un prompt du style « trouve-moi 10 sujets potentiels de thèse de médecine générale en lien avec la pratique de la trompette ». Comme toujours avec l’IA (et le reste), gardez un esprit critique sur les propositions qui en résulteront. L’IA augmente la créativité individuelle… mais la réduit collectivement, d’après cet article de 2024 !

Voie N°2 : l’actualité

Vous pouvez acheter (ou consulter sur Cafeyn ou ailleurs) un journal de presse (La Voix du Nord, Ouest-France, Le Parisien, Libération, etc.), et imaginer la place du médecin généraliste dans la plupart des titres que vous voyez.

C’est un exercice intéressant parce que la presse quotidien régionale balaie souvent beaucoup de thématiques à des échelles locales, régionales, nationales et internationales : actualités, faits divers, politique, sport, économie, écologie, société, cinéma, littérature, et même des pages de paris sportifs et turf…

Voie N°3 : les dernières études publiées

Survolez les titres de revues parmi les plus prestigieuses — par exemple le British Medical Journal (BMJ), le New England Journal of Medicine (NEJM), le Lancet, le Journal of the American Medical Association (JAMA). Vous pouvez sélectionner un numéro au hasard : le dernier en date, celui du mois de votre anniversaire, etc.

Si vous voulez quelqu’un qui vous fait un Reader’s Digest de tout ça, n’oubliez pas de vous abonner à l’excellent DragiWebdo, qui peut aussi vous apporter des idées de thèse chaque semaine à partir de sa compilation des dernières études portant sur la médecine générale. @Dr_Agibus vous parlera également des communiqués d’agences biomédicales qui peuvent être des sources intéressantes (les sujets « à la une » de l’ANSM, les actualités de l’InCA, etc.)

La revue Exercer est également une mine à idées, puisqu’il s’agit très souvent de thèses de médecine générale publiées (après révision par les pairs et correction).

Enfin, il existe également des revues d’hypothèses, telles que Medical Hypotheses (ou feu Journal of Medical Hypotheses and Ideas) C’est difficilement exploitable en médecine générale, mais c’est amusant de savoir que ça existe !

Voie N°4 : les congrès (et même sans y aller !)

Voici quelques congrès de médecine générale :

  • le CMGF (Congrès de Médecine Générale France, du Collège de Médecine Générale) et la pré-conférence FAYR-GP
  • le CNGE (Collège Nationale des Généralistes Enseignants)
  • le SSMIG (Société Savante Médecine Interne Générale, en Suisse)
  • le MGOI (Médecine Générale Océan Indien),
  • la WONCA déclinée en plusieurs régions du monde (World Organization of National Colleges, Academies and Academic Associations of General Practitioners/Family Physicians)

J’ajouterais volontiers le congrès EMOIS (Information médicale)… et vous pouvez y ajouter ceux des spécialités qui vous branchent le plus (pédiatrie, maladies infectieuses, dermatologie, etc.). La liste est évidemment non exhaustive !

Vous pouvez aller à ces congrès pour baigner dans l’ambiance (je vous le recommande — dans ce cas, mettez un masque FFP2 quand vous irez, pour revenir avec plus de connaissances que de viroses). Toutefois, pour notre objectif ici de trouver un sujet de thèse, vous pouvez aussi lire les programmes depuis votre canapé, dans les transports en commun ou dans votre lit avant de dormir.

La plupart de ces congrès ont des applications (mises à jour annuellement) qui vous permettent :

  • de découvrir les programmes ;
  • d’identifier les coups de coeur du conseil scientifique et/ou du public ;
  • de lire les résumés ;
  • de regarder et lire les posters (communications affichées).

Certains congrès mettent à disposition un livre de résumé (ou « Abstract Book ») : il suffit de taper « WONCA abstract book » sur Google pour mettre la main sur quelques-uns.

Voie N°5 : les thèses et mémoires

Je termine exprès par les thèses. Il y a une cohérence qu’on retrouvera plus loin ici, qui consiste à privilégier les études publiées dans les meilleures revues, les revues indexées (validées par les pairs) puis les congrès (validés par un comité scientifique), et enfin les thèses (validés par un jury de thèse). Ce sera la même chose pour vos références bibliographiques !

Pour trouver des thèses, le plus simple est d’utiliser SUDOC (Système Universitaire de DOCumentation), le catalogue collectif national répertoriant les collections des bibliothèques universitaires françaises et autres établissements d’enseignement supérieur. Il y a donc les livres, revues et thèses hébergées dans les BU. Notez qu’avec HAL-DUMAS (Dépôt Universitaire de Mémoires Après Soutenance), vous pouvez également avoir accès à des mémoires de masters validés par jury dans toutes les disciplines.

Si vous êtes chauvin et ne voulez trouver que des thèses de votre université (en cas ouvert grâce à une identification préalable), vous pouvez chercher avec les moteurs de recherche locaux, par exemple :

Mais je le redis, utiliser SUDOC est préférable en premier car multi-université !

Normalement, une fois cette étape franchie, vous devriez avoir une idée du sujet qui va vous intéresser… et peut-être même votre question de recherche précise ! Que ce soit dans un article ou dans une thèse qui vous plait, je vous conseille de jeter un oeil à la section « Discussion > Perspectives » qui contient généralement des idées de nouveaux travaux à mener

Dans tous les cas, il va falloir commencer à creuser votre thème, et donc commencer rapidement à rédiger… Le prochain billet parlera « brouillon » et sera totalement disruptif 😀

LE MOT POUR LE DIRECTEUR DE THÈSE
Il est fréquent qu’un étudiant arrive avec une idée vague de sujet (« j’aime bien l’infectiologie ») : ça vaut toujours le coup de vérifier si la « voie N°1 » sur les centres de l’intérêt de l’étudiant hors médecine a été explorée en amont… Beaucoup pensent qu’il faut un sujet proche des sujets dont ils ont entendu parler, ce qui tend à réduire le champ des possibles.
J’insiste beaucoup là-dessus, mais préparer et soutenir une thèse sur un sujet-passion c’est tellement agréable pour tout le monde (thésard, directeur, proches, jury…) que ça vaut le coup d’y passer du temps au début.
Dans ces phases initiales, le rôle du directeur est donc de montrer l’étendue des possibilités, tout en gardant un oeil sur la faisabilité et le réalisme.

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[Avent 2024 – Ecrire sa thèse] – 3/24 – L’impossible quête d’un sujet original ou révolutionnaire

Depuis la réforme de 2017, la thèse doit être « dans la discipline ». Le caractère « dans la discipline » / « pas dans la discipline » est évalué par une fiche de déclaration de thèse et une ou plusieurs personnes au sein du département de médecine générale. Ainsi, depuis 2017, la « fiche de déclaration de thèse » est devenue un passage obligatoire.

Avant, vous pouviez être en médecine générale et parler de l’apport de l’IRM sur le diagnostic de démence précoce chez des souris transgéniques si ça vous chantait… La logique était de séparer le mémoire pour l’obtention d’un diplôme de « docteur en médecine » (toute spécialité) et le diplôme d’études spécialisées (DES) de la discipline (obtenu après avoir validé les stages de la maquette, les ED et le mémoire/portfolio adaptés). Il était aussi possible d’être hors format IMRaD (par exemple cette thèse de 1975 sous forme de BD).

Etait-ce mieux avant ? En tout cas, ça permettait de corriger la sous-dotation en universitaires de la médecine générale par des encadrants d’autres spécialités… Parce que la recherche d’un directeur de thèse est une autre source de blocage (en plus de celles liées à la méconnaissance de la thèse, de la longueur et la durée, évoquées hier).
Le directeur est celui qui donne le feu vert pour valider le sujet et la fiche de déclaration de thèse ; c’est lui qui valide le début du recueil de données, qui relit, corrige et valide la thèse et autorise la constitution d’un jury et la soutenance. Il est indispensable à toutes les étapes… et vous devez bien vous entendre avec ! Je ne détaillerai pas beaucoup plus sur le choix de directeur ou sur les aspects administratifs de la fiche de déclaration, parce que c’est très variable selon les départements de médecine générale… notons juste ici qu’il y a 3 grandes façons d’avoir un directeur :

  • soit il est venu vers vous avec un sujet (il faut savoir refuser s’il ne vous intéresse pas…) ;
  • soit vous êtes venu vers lui avec un sujet (… qu’il aura refusé s’il ne l’intéresse pas) ;
  • soit vous avez réfléchi ensemble à un sujet qui vous plaira à tous les deux.

L’idéal pour vous, en général, ça reste la deuxième situation : avoir trouvé un sujet, et trouver quelqu’un qui vous guidera pour mener à bien votre projet ! C’est pour ça que nous allons maintenant parler de choisir son sujet, avec ou sans directeur. Gardez à l’esprit que le plus important est un sujet qui vous plaise (tout en restant ouverts aux remarques probablement pertinentes de votre directeur sur la faisabilité et la pertinence, bien entendu) !

Le choix de sujet est une autre source importante de blocage, avec notamment 3 grands profils faciles à identifier (potentiellement cumulables) :

  • On ne passe qu’une thèse : il me faut donc un sujet qui révolutionnera la médecine et laissera à jamais mon empreinte dans le domaine de la santé pour les siècles à venir ;
  • Tout a déjà été écrit : il m’est impossible de trouver un sujet original, tout ce à quoi je pense a déjà été fait par d’autre (la preuve, il y a plus d’un million d’articles par an sur MEDLINE) ;
  • Tout m’intéresse, je suis perdu : je ne sais pas où chercher des idées, ou ce à quoi peut correspondre un sujet de thèse.

Détaillons ces situations.

Le révolutionnaire déçu

Il faut malheureusement faire le deuil de la volonté de la thèse révolutionnaire. Sauf cas exceptionnel, vous ne pourrez pas faire d’essai clinique pour votre thèse d’exercice. Vous pourrez faire :

  • une revue de littérature, pour synthétiser un sujet
  • une étude qualitative, pour comprendre des phénomènes sociaux (comportements, besoins, opinions…)
  • une étude quantitative descriptive ou analytique, pour mesurer un effet ou déterminer s’il est lié à un autre.

En général, dans ces cas, l’idée initiale de la thèse commence par « bon, je vais enfin régler ce problème de maladie d’Alzheimer qui nous enquiquine tous » et se termine par « 31 % de notre échantillon de médecins généralistes de l’Audomarois a déjà contacté l’équipe spécialisée Alzheimer à domicile (descriptif) ; exercer en milieu urbain était plus fréquemment associé à cette prise de contact, p = 0,01 (analytique) ».

Cela peut sembler décevant parfois. Mais ce qui compte dans la thèse est de s’initier à la recherche — aussi jolies devaient-elles être, ce n’est pas pour ses premières poésies griffonnées sur un cahier de classe que Victor Hugo est connu. Si vous souhaitez mener des essais cliniques auprès de grosses équipes, le monde de la recherche vous accueillera peut-être au décours. Au risque de vous décevoir toutefois, la médecine générale n’est pas propice à publier tous les 4 matins dans le New England Journal of Medicine et les Prix Nobel sont plus réservés à la génétique, l’immunologie, la biologie cellulaire ou moléculaire qu’à ceux qui proposent de se mettre de l’eau salé dans le nez pour soulager un rhume, ou de limiter les mouvements répétés pour atténuer des douleurs musculo-squelettiques.

Attention, ce paragraphe sur « le révolutionnaire déçu » ne signifie pas pour autant qu’il faut renoncer à toute ambition pour votre thèse, ou qu’il faut accepter n’importe quel sujet !

Le sujet doit vous plaire (si possible viscéralement) et/ou répondre à une question simple et claire. N’hésitez pas non plus à vous questionner : est-ce que vous voulez que le sujet soit mémorable pour la médecine, pour la discipline, ou juste pour vos proches et amis qui assisteront à votre soutenance ? Si la réponse est le dernier point, finalement peut-être que le sujet a juste besoin de… vous ressembler ? On en reparle demain !

Enfin, nous verrons bien plus loin (en fin de calendrier si je le tiens !) qu’il est aussi possible de valoriser son travail — en publication, en congrès, mais aussi en participant à des prix.

La quête de l’originalité

Faisons simple : l‘originalité n’existe pas. Il y a plus d’un million d’articles par an sur MEDLINE effectivement, 4000 thèses de médecine générale par an… Il est impossible d’imaginer que toi soit totalement original !

Etre original, ça implique de faire un sujet qui n’a pas été déjà réalisé (on ne reproduit pas le même travail en boucle). Mais c’est tout ce que ça veut dire. Une crainte des étudiants est « si ça a déjà été fait… ? » : en réalité, pour une thèse de médecine générale, c’est hautement improbable. Prenons par exemple 2 sujets :

  • consommation d’AINS chez les coureurs à pied des Hauts-de-France en 2024
  • consommation d’AINS chez les coureurs à pied de l’ultra-trail du Mont-Blanc en 2024.

Même s’ils sont effectivement très proches, ils ne sont pas réalisés dans la même région (rien que cette condition suffirait), et ça n’est pas le même profil de coureur… Ce serait donc bel et bien 2 sujets différents, et deux recherches « originales ».
Pour faire la même thèse, il faudrait que vous étudiiez les mêmes courses, avec un questionnaire très similaire ; vous devriez rapidement vous en rendre compte…

La quête de l’originalité ne doit pas vous bloquer. Votre travail ne sera pas « très original », ça c’est une quasi-certitude : mais ça n’est pas grave, car l’originalité pour tous est inaccessible. Pour illustrer, il y a d’un côté 250 films produits par an en France, avec des équipes de professionnels (scénaristes, réalisateurs, techniciens, acteurs…) ; de l’autre, 4000 thèses de médecine générale par an, réalisées le plus souvent par des amateurs de la recherche et sans financement. Avec tout le respect que j’ai pour le cinéma français, il n’y a pas 250 films « originaux » ; donc pas de raison d’avoir une folle originalité sur les 4000 thèses.

On peut même aller plus loin dans le parallèle et se dire que de toute façon… tout a déjà été écrit ! C’est aussi vrai dans l’écriture d’articles scientifiques qu’en fiction : un exemple célèbre est cette histoire d’anneau forgé dans l’or et qui rend invisible, qui a été volé, convoité par des êtres fantastiques et un héros armé d’une épée risée et reforgée, dans un monde de nains, sorciers et dragons… Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien possède ces éléments, tout comme les 4 opéras Der Ring des Nibelungen de Richard Wagner (même si Tolkien réfutait cette influence) ou encore avant eux, quelques mythes nordiques ou scandinaves. Cette « originalité impossible » a d’ailleurs donné lieu à des théories en narratologie, telles que :

  • les 36 situations dramatiques : selon Georges Polti, en 1895, toute histoire se base sur l’une des 36 situations dramatiques (implorer, sauver, venger un crime, venger un proche, être traqué, etc.) ; évidemment personne n’est d’accord : Maxime de Riemer en a proposé 105 pour sa part, Christopher Booker en a retenu 7…
  • le monomythe ou voyage du héros : dans son livre Le héros aux mille et un visages paru en 1949, Joseph Campbell propose des traits communs à différents mythes à travers le monde. On retrouve la structure dans Star Wars, Harry Potter, le Seigneur des Anneaux, Matrix, beaucoup de jeux vidéo, etc.

En musique, c’est un peu le même sujet : la musique de Star Wars est inspirée de musiques classiques (Gustav Holst, Stravinsky… il existe même une playslist sur les influences !) ; et beaucoup de chansons actuelles utilisent la même progression d’accords (I-V-vi-IV).

Bref, l’originalité « pure » n’existe pas. Pour autant, les auteurs et compositeurs n’arrêtent pas d’écrire sous prétexte qu’ils n’arriveront pas à produire quelque chose d’original. Comme dans le cinéma, vous allez faire votre possible pour délivrer un message personnel et novateur, et peut-être vous démarquer du lot ! Pour cela, il faut un sujet qui vous passionne…

Même si l’originalité pure n’existe pas… ça restera votre travail, mené avec votre regard, sur votre échantillon, discuté avec votre réflexion et votre vécu, rédigé à votre manière — et c’est tout ça qui sera original.

L’ASTUCE « SPEEDRUNNER SA THÈSE »
Pour l’interne qui souhaite avoir une thèse « rapide », une grande question (pragmatique) à se poser est celle de la disponibilité des données. Une base de données déjà constituée vous permet de sauter plusieurs étapes : justification du travail, préparation d’un questionnaire, demande d’autorisation pour la diffusion, recueil de données, mise en forme des données, etc.
Evidemment, le temps gagné sera réutilisé en partie ailleurs, à comprendre et savoir utiliser ce qui est souvent une grande base de données (big data).
Au fil des années, il existe de plus en plus de bases de données, petites (de précédentes études locales) ou grandes (par exemple les données en open data de l’Assurance Maladie pour OpenMedic, OpenLPP, Medic’AM, etc.).
Attention toutefois, comme nous l’évoquerons plus tard, certains départements de médecine générale refusent un sujet de thèse qui ne fait « que » l’exploitation de ces données en open data — un choix discutable.
Enfin, même si vous avez une grande base de données, n’oubliez pas que plus la question de recherche sera précise, mieux ce sera à toutes les étapes… on en parlera plus loin !

Celui qui n’a vraiment pas de sujet et ne sait pas où chercher

Enfin, lorsque vous n’avez pas (encore) de sujet, il y a 3 situations qui peuvent se présenter :

  1. La sérendipité : vous ne cherchez pas de sujet, mais il s’impose spontanément à vous. Une situation clinique, relationnelle, professionnelle, voire personnelle vous interroge et vous amène à faire des recherches… Un jour, une patiente viendra vous voir avec un problème qui deviendra votre question de recherche ; à moins que ça ne soit en discutant avec des amis (comme dans les films où l’enquêteur comprend toute l’affaire lorsque quelqu’un lui dit une banalité), en lisant Télé Poche ou en vous perdant dans l’immensité d’internet (alors que vous cherchiez une recette de gâteau à la framboise).
  2. Le sujet tout prêt : ce n’est pas vous qui cherchez le sujet, c’est le sujet qui vous cherche. Il arrive que des enseignants-chercheurs / directeurs de thèse aient un sujet à traiter et cherchent des internes. Ca peut être votre maître de stage (dans le cadre de sa MSP, sa CPTS…), un enseignant que vous connaissez, un travail de l’équipe du département de médecine générale, etc. Il y en a général une page sur ça, soit sur le site du collège des enseignants de médecine générale local, soit sur un autre site du département (par exemple à Lille, c’est sur le site DMG Director).
  3. La quête d’un sujet. Vous partez avec votre bâton de pèlerin à la recherche du Graal…

Pour ce dernier point, nous proposerons demain une liste (non exhaustive) d’idées pour trouver un sujet. Après ces deux premiers billets de généralités, ça sera l’occasion d’entrer rapidement dans le vif du sujet !

LE MOT POUR LE DIRECTEUR DE THÈSE
En général, pour une carrière universitaire (ou d’associé), il est préférable d’avoir une grande thématique de recherche : santé des adolescents, santé des femmes, accès aux soins, prévention en soins primaires, etc. Cela simplifie grandement votre dossier, vous permet éventuellement de valider une thèse d’université « sur articles » (monothématiques) et d’avoir une habilitation à diriger des recherches (HDR) de la même façon.
Si vous n’avez pas de carrière qui vous attend, vous pouvez accepter tout ce qui vous plait : c’est aussi un moyen de « sortir de votre zone de confort » (comme on dit sur LinkedIn), et de (re)découvrir d’autres pans de la pratique… Dans ce cas, je conseille fortement d’inciter l’interne à trouver un sujet qui l’intéresse réellement.

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[Avent 2024 – Ecrire sa thèse] – 2/24 – Surmonter les blocages : identifier le rôle, la longueur et la durée d’une thèse

La thèse de médecine générale (ou autre spécialité, ou pharmacie, ou mémoire d’autres professions de santé dont IPA, etc.) est un passage obligatoire pour exercer — que ce soit en libéral, salariat, hospitalier…

Avec la 4ème année de médecine pour la promotion de novembre 2023, il faudra désormais la soutenir en 3 ans afin d’avoir le droit de… passer en 4ème année et finir l’internat (avant, on pouvait aller jusqu’à 6 ans après le début de l’internat !). Même si nous pouvons émettre des critiques sur la 4ème année, il faut être honnête et dire ici que soutenir la thèse après la fin de l’internat n’a jamais vraiment été une bonne solution : pendant les études, nous avons un peu de temps dédié à la recherche, une émulation avec les co-internes, des contacts avec des chefs de clinique et autres enseignants…

Par expérience, attendre de remplacer est un mauvais calcul : les remplacements s’enchaînent (et c’est difficile de s’arrêter totalement avec les prélèvements en année N+1 de l’URSSAF et la CARMF), il n’y a plus de contact avec la faculté, des difficultés pour trouver un directeur, la motivation, etc. En général, nous occupons notre temps libre à autre chose qu’à faire une recherche bibliographique, définir un objectif de thèse, recueillir des données : ça ne change pas subitement à la fin de l’internat !

La thèse est aussi un « symbole » : celui de la fin de vos études de médecine, avec le serment d’Hippocrate. C’est l’occasion d’amener sa famille, ses proches, ses amis à la faculté de médecine ; reculer la date de soutenance, c’est aussi s’exposer à des aléas de vie (déménagements, décès, pandémie…) qui pourraient vous faire regretter de ne pas l’avoir passée plus tôt.

Pourtant, même s’il s’agit d’une obligation avec une date limite claire, d’un symbole de fin d’études, il est fréquent que les internes débutent leur thèse tardivement, voire se retrouvent en situation de demander des dérogations auprès du Doyen pour allonger leur délai (au-delà de 6 ans après leur début d’internat).

L’une des raisons est que la thèse est parfois sacralisée et/ou peut faire peur… et nous allons donc commencer ici par clarifier quelques points sur le rôle d’une thèse, sa longueur et sa durée.

Le rôle : une thèse sert à s’initier à la recherche

La thèse de médecine générale est généralement un premier travail de recherche au format IMRaD (Introduction – Matériels et méthodes – Résultats – Discussion – conclusion). Le modèle est : « j’ai une question en lien avec la médecine générale, j’applique une méthode, j’ai un résultat, je le discute et on conclue ».

La thèse permet aux internes de se rendre compte que la science c’est complexe et ingrat !
Après avoir réalisé une thèse, le médecin sait normalement que chercher des informations dans la littérature demande un peu d’esprit critique, que recueillir des données c’est parfois long et difficile, que synthétiser les résultats pour les rendre accessibles est nécessaire (texte, tableau ou figure ?), qu’il y a toujours des limites aux études et qu’il faut donc être humble dans les conclusions qu’on en tire — y compris pour un travail mené avec le plus grand sérieux les soirs et week-ends, pendant quelques mois d’internat.

La longueur : une thèse est un article, elle tient en 12 pages (interligne 1,5)

Si vous vous demandez « de quoi vais-avoir l’air avec ma thèse de 10-15 pages alors que mes amis ont fait 150 pages ? », la réponse est « d’une personne synthétique ».

Depuis une dizaine d’années, quasiment toutes les facultés veulent des « thèses articles » pour les thèses d’exercice (c’est évidemment différent pour les thèses d’université). Consultez des articles publiés en français : c’est exactement ce que vous devez faire.

La raison est simple et tient en un point : la taille est fixée par des universitaires qui sont souvent membres de jury et qui préfèrent lire et commenter un texte de 15 pages plutôt qu’un document de 300 pages ! En prime, une thèse article a des chances d’être publiée ensuite, ce qui est utile pour l’éventuelle carrière universitaire de ceux qui seront dans les co-auteurs (thésard, directeur et éventuellement membres du jury).

L’autre avantage d’être synthétique est le suivant : « moins j’en dis, moins je dis de conneries« . En vous attribuant le grade de docteur en médecine, le jury valide la qualité de votre travail : il le fera d’autant plus facilement s’il est d’accord avec tout ce que vous aurez écrit (de façon sourcée !)
Votre jury comportera probablement au moins une personne experte ou bien informée sur votre sujet… si vous écrivez 10 pages d’introduction, il est probable que vous fassiez des erreurs, approximations, ou que vous touchiez à des sujets de controverses difficiles à présenter succinctement.

L’ASTUCE « SPEEDRUNNER SA THÈSE »
Rapidement dans votre travail, identifiez une revue qui a publié quelques articles proches du vôtre (qu’on appellera ici BelleRevueQueVousVisez), et considérez que vous allez publier dans celle-ci à la fin de votre travail.
Vous pourrez télécharger les « recommandations aux auteurs » et la suivre à la lettre, tant sur la typographie, la mise en forme des références bibliographiques (sauf exotisme incompatible avec les exigences de votre faculté), la taille (en général 20 000 à 30 000 signes espaces comprises), etc.
En parallèle de ces recommandations, vous pouvez télécharger 1 ou 2 articles récents (pas de 1987 donc) sur un sujet similaire au vôtre dans BelleRevueQueVousVisez : cela vous permettra de vous rassurer sur la longueur de votre texte en vous guidant sur le rythme d’écriture à adopter (taille de l’introduction, sous-sections en « matériels et méthodes », nombre de tableaux et figures). Il ne s’agit bien entendu pas de plagier ici, mais d’avoir un modèle !

Pour le formuler très clairement, un article fait en général 20 000 à 30 000 signes (espaces comprises). Du premier mot de l’introduction au dernier de la conclusion (sans annexe donc), cela représente environ 10 à 12 pages en interligne 1,5 avec des marges classiques à 2,5.

Si vous voulez en rajouter, pour montrer que vous avez bien lu plein de documents sur le sujet (et je vous le conseille), c’est dans les annexes : en général, j’aime bien y lire une partie « historique » (voire une section « médecine évolutionniste »), une perspective internationale, des graphiques ou cartes, le questionnaire ou la grille utilisée, etc.
Par exemple, si votre travail porte sur l’hypothyroïdie, les annexes peuvent être le lieu pour évoquer en 1 ou 2 pages des questions telles que « pourquoi l’hypothyroïdie existe encore et n’a pas été un trait supprimé par la sélection naturelle ? » ; « en quelle année a été inventée la lévothyroxine, comment, par qui, et qu’est-ce que ça a changé ? » ; « est-ce que la prévalence de l’hypothyroïdie est la même dans tous les pays ? est-ce que les traitements utilisés sont partout les mêmes ? » etc. Cela apporte une jolie mise en perspective de votre travail, sans « polluer » votre recherche : tout cela est aussi facultatif et ne sera traité qu’en fonction de vos envies et de votre temps.

Au total, rassurez-vous : votre document papier (avec les remerciements, les références, les annexes, et en imprimant sur les rectos uniquement) fera probablement une cinquantaine de pages… et vous permettra ainsi de pour pouvoir imprimer sur la tranche et mieux ranger votre travail dans les bibliothèques ! Merci les annexes 😀

La durée : « on m’a dit qu’une thèse, ça prend 18 mois »

Et bien, ce n’est pas ni tout à fait faux… ni tout à fait vrai !

Sur les 68 thèses que j’ai encadré seul et qui ont été soutenues, entre la date où j’ai dit (par mail) « OK, je te dirige » et le jour de soutenance, il s’est passé en moyenne 567 jours (écart-type : 293 jours)… soit 18 mois ! Et la médiane est proche, à 539 jours (Q1 : 359 jours ; Q3 : 640 jours). Toutefois, j’ai des extrêmes de 119 jours (3 mois) à… 1619 jours (4 ans et 5 mois) !

Ca ne dépend donc que de vous (et votre sujet).

Figure 1 : Délai entre début de la direction et soutenance (en jours).
Par convention, le titre d’une figure s’écrit en-dessous (et ne doit pas s’accompagner du titre au-dessus en grisé comme ici – c’est une faute que je fais juste pour illustrer).

Au total… comment trouver la motivation ?

Une thèse c’est court en taille… mais ça nécessite de synthétiser suffisamment de données pour être intéressant, et donc probablement quelques mois de travail (de soirs et week-ends en général, en parallèle des stages, des enseignements facultaires, de la vie de famille / couple / amis, etc.)

Si vous êtes quelqu’un de rigoureux, vous pouvez d’emblée établir un rétro-planning sur 12 à 18 mois avec une régularité. Par contre, si votre passion dans la vie est de vous dépasser les deadlines que vous vous fixez, ce n’est peut-être pas la peine de vous infliger un rétroplanning qui vous culpabilisera et vous bloquera… Bref, faites comme vous avez l’habitude et comme cela vous a réussi dans la vingtaine d’années qui vient de s’écouler : à n’en pas douter, ça sera très bien !

Pour vous motiver, vous pouvez penser :

  1. A la science : vous allez la servir, et c’est votre joie (©le discipline de Léonard). C’est rarement suffisant, soyons honnêtes.
  2. A vos collègues : votre travail va peut-être leur servir et c’est une fierté de partager. C’est plus fréquent, notamment avec les sites d’aides à la décision médicale ! (Je suis ravi que BioMG.fr ou certificats-absurdes.fr servent aux consoeurs et confrères, j’ai l’impression que le temps consacré est « rentabilisé » en temps pour les autres).
  3. A vos proches : ils seront fiers de vous lorsque vous lèverez la main droite pour réciter le serment d’Hippocrate (et même si vous bafouillez sur « opprobre », personne ne vous le fera remarquer parce que l’émotion l’emportera).
  4. A vous… Si vous êtes passionné de littérature et que votre thèse vous impose de lire des livres, ce sera un chouette moment et vous n’aurez pas à chercher bien loin la motivation !

Et ce sera l’objet d’un prochain billet : trouver un sujet de thèse (qui vous plait) !

LE MOT POUR LE DIRECTEUR DE THÈSE
Si j’acte une direction ce jour, je crée un dossier intitulé « 2024-12-02 – Nom Prénom du thésard – Thème de la thèse » dans mon dossier « Thèses » sur mon ordinateur (y compris si on décide de travailler sur Google Docs). Une fois la thèse soutenue, je renomme avec un numéro avant (par exemple 75 – 2024-12-02 – Nom Prénom du thésard – Titre de thèse).
Cela me permet d’avoir une visibilité d’ensemble sur les thèses soutenues, sur les thèses en cours, sur le délai depuis le début de la thèse… et de temps en temps de faire une relance par mail, voire essayer d’identifier les sources de blocage (en évitant les injonctions un peu culpabilisantes du style « il faut écrire tous les jours », parce que ça n’est pas un conseil personnalisé — en pratique, si l’étudiant préfère écrire de 23h à 2h du matin un week-end par mois, peu importe tant que ça fonctionne).
Peu importe votre fonctionnement : il est quand même important de savoir identifier qui vous encadrez et depuis quand !

Et aujourd’hui, ça fait 10 ans pile que je suis officiellement en exercice (avec mes feuilles de soins papier à mon nom : j’ai débuté ça le 2 décembre 2014, après 1 mois de remplacement…)

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[Avent 2024 – Ecrire sa thèse] – 1/24 – Avant-propos

Il existe des calendriers de l’avent sur tout : avec des chocolats, avec des jouets, des livres, des vins, du fromage, des fictions sonores… Mais il n’existait pas encore (je crois) de calendrier de l’avent sur comment écrire une thèse de médecine générale ?

J’ai commencé à être directeur de thèse en novembre 2014, dès les premiers jours de mon clinicat de médecine générale, 6 mois après ma propre soutenance. En janvier 2015, conscient qu’il fallait donner des informations et les répéter pour chaque thésard, j’ai créé un premier document « aide pour les thésards » avec le projet d’en « faire quelque chose »…

Finalement, 10 ans se sont écoulés… et je n’en ai jamais rien fait. Lors de l’accompagnement pour les 70 thèses et 5 mémoires de master 2 dirigés et soutenus fin 2024, je n’aurai eu de cesse de répéter, personnaliser, réinventer mes exemples pour chaque interne encadré. D’aucun dirait que « c’est dommage de laisser perdre ces informations qui pourraient servir à d’autres » ; d’autres répondraient « à quoi bon, vu qu’il existe déjà des dizaines d’offres, que les directeurs sont formés ? »

C’est parfaitement exact : personne n’attend ce travail, et si je n’ai jamais eu le temps de le mener à bien en 10 ans, il est totalement illusoire de vouloir faire ça en 1 mois. C’est pourquoi j’ai trouvé tentant de me mettre un défi irréaliste de tenir 24 jours à raison d’un billet de blog par jour, pour aller de « j’ai une vague idée » à « je viens de publier l’article de ma thèse que j’ai présentée en congrès ».

La thèse a été redéfinie par l’arrêté du 12 avril 2017 : c’est un travail de recherche ou un ensemble de travaux approfondis qui relèvent de la pratique de la spécialité préparée, qui mène au diplôme d’Etat de Docteur en médecine (un peu différent du doctorat des universités). Elle est rédigée par l’étudiant et peut porter sur un thème spécifique de recherche clinique ou fondamentale. Le sujet de thèse est préalablement approuvé par le coordonnateur local de la spécialité (ou le médecin/pharmacien des armées pour les internes et assistants des hôpitaux des armées). L’étudiant choisit son sujet au plus tard avant la fin du deuxième semestre validé de la phase 2. La thèse est soutenue avant la fin de la phase d’approfondissement.

Comme dit plus haut, il existe déjà de nombreuses ressources : citons juste pour l’exemple la page « thèse » de votre faculté (ici à Lille), Initiation à la recherche (de Paul Frappé), Initiation à la recherche qualitative en santé (sous la direction de Jean-Pierre Lebeau), La rédaction pour la recherche en santé (d’Hervé Maisonneuve, Marie-Eve Rougé-Bugat et Evelyne Decullier), le guide pratique du thésard (d’Hervé Maisonneuve) le site LEPCAM Lire, Ecrire, Publier et Communiquer des Articles Médicaux (de Nicolas de Chanaud), les recommandations listées sur Equator Network, ou encore le site Objectif Thèse (d’Emmanuel Chazard) qui présente des outils et vidéos explicatives claires, etc.

Il s’agira dans cette série de billets d’ajouter « ma voix » : parler de l’originalité des sujets, donner mes habitudes pour la rédaction (parler de techniques et faire des parallèles avec l’écriture de fictions) et essayer d’être pragmatique autant que possible. Il y a parfois des compromis à faire pour avoir une thèse faisable, qui peut être rédigée dans un délai relativement court en parallèle d’une activité d’interne ou de remplaçant : ces points seront abordés. Nous parlerons aussi de techniques et stratégies pour gagner du temps dans la rédaction tout en limitant les blocages.

Cette série de billets s’adressera essentiellement aux internes de médecine générale et à leurs directeurs intéressés. D’autres étudiants pourront y trouver leur compte — internes d’autres spécialités médicales ; étudiants en pharmacie ; infirmiers de pratique avancée pour leur mémoire de master 2, etc.

Il y aura des partis pris, une faible part sur la méthodologie (ce seront davantage des billets orientés sur la partie motivation / rédaction), ça ne sera absolument pas exhaustif, et sans doute y aura-t-il des erreurs que je prendrai grand plaisir à corriger avec votre aide pour progresser également ! N’hésitez donc pas : les commentaires sont ouverts. Et si jamais cette série vous a été utile pour trouver la motivation, surmonter des blocages, améliorer votre méthode de rédaction… je serais tout aussi ravi de le savoir !

A demain pour le premier billet ! (Et comme je ne sais pas encore bien où on va, le sommaire sera disponible à la fin :D)

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